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L’épuisement n’est pas une faiblesse, c’est un signal 🚨

25 janvier 2026 par
L’épuisement n’est pas une faiblesse, c’est un signal 🚨
Ossama Loukili

On parle encore trop souvent de l’épuisement comme d’un simple excès de fatigue.


D’un passage chargé.


D’une période où il suffirait de lever le pied quelques jours pour repartir.


Mais dans la réalité clinique, l’épuisement ne se résume pas à une baisse d’énergie.


Il touche le fonctionnement même de notre organisme, psychique et biologique.

Nous vivons dans un monde qui valorise la cadence, la performance, l’optimisation continue.

Un monde pensé à la mesure des machines, pas des humains.


Et à force de vouloir suivre ce rythme artificiel, nous nous épuisons à contre-nature.


🧠 L’épuisement n’est pas seulement mental


L’erreur fréquente consiste à croire que le burn-out ou l’épuisement émotionnel relèverait uniquement de la motivation ou de la gestion du stress.


En réalité, l’épuisement s’inscrit dans le corps.


Le corps humain fonctionne par cycles :

veille et sommeil,

activation et repos,

effort et récupération.


Lorsque ces cycles sont constamment court-circuités, l’organisme bascule dans un état d’alerte prolongée.


Sur le plan psychologique, cela se traduit par une fatigue émotionnelle intense, une anxiété diffuse, un sentiment d’insuffisance et une perte de sens.


Sur le plan physiologique, le corps reste en mode « urgence ».


Le système nerveux sympathique, celui qui prépare à l’action, est sollicité en permanence.

Le cortisol, hormone du stress, reste élevé.

Les phases de récupération profonde se raréfient.


Le repos ne repose plus.


🧩 Quand le repos devient suspect


Dans nos sociétés, la pause est souvent vécue comme un défaut.


S’arrêter, ralentir, ne rien faire, deviennent rapidement synonymes de paresse, d’inefficacité ou de faiblesse.


Cette logique s’infiltre jusque dans notre rapport à nous-mêmes.


Nous jugeons nos besoins biologiques comme des défaillances.

La fatigue devient un problème à corriger.

Le repos, une anomalie à réduire.


Or, les signaux de fatigue, de lassitude ou de perte d’élan ne sont pas des bugs.


Ce sont des alertes.


Le corps et le psychisme signalent que les ressources internes s’amenuisent.


Les ignorer ne mène pas à la performance, mais à l’érosion progressive de l’équilibre interne.


🧠 Le perfectionnisme comme moteur de l’épuisement


Les travaux en psychologie montrent un lien étroit entre perfectionnisme et burn-out.


Mais pas le perfectionnisme visible, celui qui aime le travail bien fait.


Un perfectionnisme plus insidieux, intériorisé.


Celui qui pousse à ne jamais s’autoriser l’erreur.

À vivre la moindre pause comme un échec.

À mesurer sa valeur uniquement à ce qu’il produit.


Dans ce cadre, même le repos devient instrumentalisé : on se repose pour être plus efficace, jamais pour être vivant.


Le problème n’est alors plus seulement la charge extérieure, mais la pression interne constante.


🌿 Pourquoi faire une pause est un acte vital


Contrairement aux machines, nous ne pouvons pas fonctionner en continu.


Le repos n’est pas un luxe.

Il est une condition biologique de la régulation psychique.


Les recherches sur le repos profond montrent qu’il ne s’agit pas uniquement de dormir.


Le repos implique aussi des moments de déconnexion mentale, de silence, de lenteur.


Marcher sans objectif.

Respirer sans chercher à optimiser.

Laisser l’esprit errer sans le contraindre.


Ces moments permettent au système nerveux de quitter l’hyper-activation, de restaurer les capacités d’intégration émotionnelle et de redonner de la souplesse à la pensée.


Sans eux, l’efficacité elle-même s’effondre.


🧩 Accepter l’épuisement, ce n’est pas renoncer


Beaucoup de personnes résistent à l’idée de reconnaître leur épuisement.


Comme si l’accepter revenait à capituler.


En réalité, c’est l’inverse.


Reconnaître l’épuisement, c’est préserver ce qu’il reste de ressources.

C’est interrompre une trajectoire qui mène à la rupture.

C’est redonner une place aux besoins fondamentaux.


Contrairement aux machines, nous ne sommes pas faits pour « surchauffer » sans conséquences.


Nous avons des limites non négociables.


Et cette vulnérabilité n’est pas une faiblesse.


Elle est la condition même de notre vitalité.


🌱 Ce qu’il est essentiel de comprendre


L’épuisement n’est pas un défaut individuel.


Il est souvent le résultat d’un décalage entre des exigences extérieures mécaniques et une réalité humaine biologique.


Faire une pause n’est pas fuir.

Ralentir n’est pas échouer.

S’arrêter n’est pas disparaître.


C’est parfois le seul moyen de se retrouver.


Car au fond, nous ne sommes pas des machines défaillantes.


Nous sommes simplement humains, parfois trop humains.



Nathalie Rapoport-Hubschman

Directrice de l’Institut de médecine corps-esprit (Paris)

Médecin et psychothérapeute

L’épuisement n’est pas une faiblesse, c’est un signal 🚨
Ossama Loukili 25 janvier 2026
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