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🪞 Te pardonner à toi-même : pourquoi c'est si difficile, et comment y arriver

12 juin 2026 par
Ossama Loukili


Il y a des erreurs qu'on ne lâche pas.

Pas parce qu'on ne veut pas avancer.

Mais parce qu'on ne sait pas comment.

Se pardonner à soi-même est peut-être l'un des actes les plus difficiles qui soit.

Et la science commence à comprendre pourquoi.


🔍 Ce que la recherche révèle


Une étude publiée en 2025 dans la revue Self and Identity par Woodyatt et ses collègues a suivi 80 personnes portant toutes un acte du passé qu'elles regrettaient profondément.

Des années plus tard, 39 avaient réussi à se pardonner.

41 n'y étaient toujours pas arrivées.

La même erreur, des trajectoires radicalement différentes.

Qu'est-ce qui sépare ces deux groupes ?


⛓️ Ce qui empêche le pardon


Les personnes qui n'arrivent pas à avancer partagent une conviction commune.

Celle d'être seules responsables de ce qui s'est passé.

Et celle de ne plus pouvoir réparer.

Certains repassent l'événement dans leur tête comme au premier jour, plusieurs années après.

Comme une plaie qui ne cicatrise pas.

D'autres se jugent moralement de manière si sévère qu'ils ont peur que se pardonner signifie reproduire la même erreur.

Alors ils restent dans la condamnation.

Pas par masochisme.

Par peur.


💡 Ce que font ceux qui y arrivent


Les personnes qui parviennent à se pardonner ne se dédouanent pas de tout.

Elles font quelque chose de plus subtil.

Elles acceptent leur part de responsabilité, mais reconnaissent aussi les limites de leur pouvoir.

Elles comprennent que d'autres facteurs existaient.

Les circonstances, les autres, le hasard, ce qu'elles ne savaient pas encore à ce moment-là.

Une mère évoque la dépression de sa fille : elle a dû accepter qu'elle n'était pas la seule responsable, que de nombreux facteurs jouaient un rôle.

Ce n'est pas nier sa part.

C'est refuser de porter la part des autres.


🔄 Ton erreur dit-elle vraiment qui tu es ?


Il y a une question qui change tout.

Est-ce que tu vois cette erreur comme la preuve que tu es fondamentalement mauvais(e) ?

Ou comme quelque chose que tu as fait, à un moment donné, dans un contexte donné, avec ce que tu savais à ce moment-là ?

Ce n'est pas la même chose.

Pas du tout.

La première lecture t'enferme.

Elle transforme un acte en identité.

"J'ai fait quelque chose de mal" devient "Je suis quelqu'un de mauvais."

Et à partir de là, se pardonner revient à mentir sur ce qu'on est.

Alors on préfère se punir.

Par honnêteté.

Par rigueur.

Par peur de recommencer.

La deuxième lecture ouvre une porte.

Elle dit : cet événement m'appartient, il fait partie de mon histoire, mais il ne définit pas toute ma valeur.

Et si quelque chose de bon pouvait naître de ça ?

Une leçon que tu n'aurais jamais apprise autrement.

Une sensibilité nouvelle.

Une façon différente d'être avec les autres.

Ce n'est pas minimiser ce qui s'est passé.

C'est refuser que le pire moment de ta vie soit aussi le dernier mot sur qui tu es.

L'erreur comme preuve d'un défaut intérieur, c'est une prison.

L'erreur comme point de départ d'autre chose, c'est un chemin.

Tu n'as pas à choisir la souffrance pour prouver que tu prends les choses au sérieux.

Tu peux prendre ça au sérieux, et avancer quand même.


🧠 Le piège de l'évitement


Leach et Cidam (2015), dans une méta-analyse publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology, ont montré que la honte peut mener dans deux directions opposées.

Quand la réparation semble encore possible, elle pousse à agir.

Quand elle semble définitivement impossible, elle se transforme en évitement.

Et l'évitement entretient la blessure.

Fuir ses émotions, se noyer dans le travail, ne plus y penser consciemment, tout ça ne résout rien.

Ça met juste le dossier en attente.


✍️ Un exercice concret : le plaidoyer


Il existe une technique utilisée en psychothérapie qui s'appelle le plaidoyer.

Le principe est simple.

Tu deviens ton propre avocat.

Et tu construis un plaidoyer en ta faveur.

Pas pour te disculper à tout prix.

Mais pour remettre en question une condamnation peut-être trop rapide.

Pose-toi ces questions :

  • Étais-tu vraiment le seul responsable de ce qui s'est passé ?
  • Y avait-il d'autres facteurs que tu ne contrôlais pas ?
  • À quel pourcentage estimes-tu ta part réelle de responsabilité ?
  • Pouvais-tu savoir ce que tu sais aujourd'hui, au moment où c'est arrivé ?
  • Agissais-tu par malveillance, ou par maladresse, ou avec un objectif qui, au fond, était bon ?

Ce n'est pas de la complaisance.

C'est de la lucidité.


🔓 Se pardonner, ce n'est pas oublier


Se pardonner ne veut pas dire effacer.

Ça ne veut pas dire que c'était acceptable.

Ça veut dire décider de ne plus se condamner pour ce qu'on ne peut plus changer.

Assumer ses actes.

Réaffirmer ses valeurs.

Et accepter qu'on ne peut pas réécrire le passé.

Ceux qui y arrivent ne regardent plus en arrière avec les mêmes yeux.

Ils regardent devant.


🕊️ Et si tu n'y arrives pas seul ?


C'est normal.

Se pardonner est parfois un travail qui demande un espace, une présence, un accompagnement.

Pas parce que tu es faible.

Mais parce que certaines blessures ont besoin de plus qu'une introspection solitaire.

Un thérapeute peut tenir cet espace avec toi.

Sans jugement.

Sans précipitation.

Tu n'as pas à rester prisonnier de ce que tu as fait.

Tu as le droit d'avancer.

Même toi.



Article inspiré des travaux de Woodyatt et al. (2025), Self and Identity, et de Leach & Cidam (2015), Journal of Personality and Social Psychology.

Ossama Loukili 12 juin 2026
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