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L’auto-sabotage : quand le psychisme freine pour se protéger

21 janvier 2026 par
L’auto-sabotage : quand le psychisme freine pour se protéger
Ossama Loukili

Il arrive que l’on sache ce qu’il faudrait faire, que l’on en ait même profondément envie, et que pourtant quelque chose bloque. On remet à plus tard, on évite, on se met en difficulté, parfois au moment même où tout semblait possible.

Ce phénomène, souvent qualifié d’auto-sabotage, n’est ni un manque de volonté ni un défaut de motivation. Il repose sur des mécanismes psychologiques précis, qui ont avant tout une fonction de protection.

1️⃣ La peur de l’échec… et celle de la réussite


On parle souvent de la peur d’échouer. Mais la réussite peut être tout aussi menaçante. Réussir implique parfois de changer de place, d’assumer davantage de responsabilités, ou de modifier l’image que l’on a de soi.

L’auto-sabotage permet alors de rester dans une zone connue. Échouer fait mal, mais réussir pourrait obliger à se transformer. Et cette transformation peut être vécue comme trop insécurisante.


2️⃣ Les croyances limitantes sur soi


Derrière de nombreux sabotages, on retrouve des croyances profondément ancrées :

« Je ne mérite pas », « Ça ne va pas durer », « Je vais forcément décevoir ».

Ces croyances ne sont pas toujours conscientes, mais elles orientent les choix, les comportements et les renoncements. Lorsqu’une situation vient contredire ces représentations internes, le sabotage devient une manière de rétablir une cohérence interne, même si elle est coûteuse.


3️⃣ La recherche de cohérence identitaire


Changer ne concerne pas seulement ce que l’on fait, mais aussi ce que l’on devient. Or, l’identité psychique cherche la continuité.

Lorsqu’un projet, une opportunité ou une relation entre en conflit avec l’image que la personne a d’elle-même, une tension apparaît. L’auto-sabotage peut alors servir à préserver une identité connue, plutôt que d’oser un changement qui viendrait la bousculer.


4️⃣ L’évitement émotionnel


Procrastiner, abandonner, se distraire excessivement sont souvent des stratégies pour éviter certaines émotions : l’angoisse, la honte, la peur du jugement ou de la déception.

Ce n’est pas la tâche qui est évitée, mais ce qu’elle risque de faire ressentir. L’auto-sabotage fonctionne alors comme un régulateur émotionnel maladroit, mais efficace à court terme.


5️⃣ La répétition comme illusion de contrôle


Enfin, se saboter peut donner un sentiment paradoxal de contrôle. Reproduire un scénario connu, même négatif, est parfois plus rassurant que de s’aventurer vers l’inconnu.

Ce mécanisme de répétition est bien connu en clinique : mieux vaut un échec prévisible qu’une réussite incertaine. Le sabotage permet alors de maintenir une forme de maîtrise psychique, au prix d’un blocage durable.


🧠 Ce qu’il est important de retenir


L’auto-sabotage n’est pas un ennemi à combattre frontalement. Il signale souvent qu’une partie de la personne se sent menacée, dépassée ou en insécurité face à un changement.

Le travail ne consiste pas à forcer, mais à comprendre ce que ces mécanismes cherchent à protéger, afin d’ouvrir progressivement d’autres manières d’agir, plus ajustées et moins coûteuses.

L’auto-sabotage : quand le psychisme freine pour se protéger
Ossama Loukili 21 janvier 2026
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