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🧒 L'enfant intĂ©rieur blessĂ© : et si cette idĂ©e nous figeait plus qu'elle ne nous libĂ©rait ?

26 juillet 2026 par
Ossama Loukili

Je ne suis pas d'accord avec ce concept.

Pas parce qu'il n'y a rien derriĂšre.

Mais parce que ce qu'on en a fait est, selon moi, une erreur profonde qui freine le développement de ceux qui y adhÚrent.

Et je vais vous dire pourquoi.


📖 D'oĂč vient cette idĂ©e, et qui s'en est emparĂ© ?


Le concept n'est pas né sur Instagram.

Il a des racines théoriques sérieuses.

Carl Jung, au début du XXe siÚcle, parlait d'un archétype de l'enfant, une figure symbolique présente dans l'inconscient collectif, représentant la capacité de transformation et de renouveau.

Winnicott, pédiatre et psychanalyste britannique, développait de son cÎté la notion de vrai self et de faux self, l'idée que certains environnements familiaux contraignent l'enfant à se construire un masque adaptatif, au détriment de ce qu'il est vraiment.

Fairbairn et Klein travaillaient sur les objets internes, ces représentations précoces des relations qui continuent d'organiser le psychisme adulte sans qu'on en ait conscience.

Ce sont des travaux cliniques sérieux, complexes, nuancés.

Puis arrive John Bradshaw dans les années 80.

Avec son livre Homecoming, il prend ce matériau psychanalytique dense et le transforme en quelque chose de beaucoup plus simple, beaucoup plus accessible, et beaucoup plus vendable : quelque part en toi vit un enfant blessé qu'il faut retrouver et réparer.

L'image est forte.

Elle parle Ă  tout le monde.

Et elle se diffuse massivement.

Aujourd'hui, ce concept est repris en masse par une catégorie trÚs particuliÚre d'acteurs.

Pas les psychologues cliniciens.

Pas les psychiatres.

Pas les psychothérapeutes agréés.

Les coachs.

Les coachs de vie, les coachs en dĂ©veloppement personnel, les coachs en "guĂ©rison intĂ©rieure", les thĂ©rapeutes en mĂ©decine douce, les influenceurs bien-ĂȘtre sur TikTok et Instagram qui proposent des stages de week-end, des programmes en ligne, des sĂ©ances de "reparenting" ou de "reconnexion Ă  l'enfant intĂ©rieur."

C'est devenu un marché.

Avec ses codes, ses formations express, ses certifications non reconnues, et ses clients qui cherchent une réponse simple à une souffrance réelle.


🧠 La symbolique elle-mĂȘme pose problĂšme


Un enfant, par essence, se développe.

C'est sa nature mĂȘme.

Il grandit, il apprend, il tombe, il se relĂšve, il change.

Parler d'un "enfant intérieur" figé en nous, c'est utiliser une image qui contredit biologiquement et psychologiquement ce qu'un enfant est réellement.

Un enfant ne reste pas immobile.

Alors pourquoi cette mĂ©taphore nous demanderait-elle d'en trouver un qui serait restĂ© bloquĂ© quelque part en nous, Ă  attendre d'ĂȘtre sauvĂ© ?

La symbolique est jolie, je l'accorde.

Mais une symbolique peut aussi nous figer.

Et celle-ci, je crois qu'elle le fait.


🔍 Ce que les grands cliniciens ont vraiment dit


Winnicott ne parlait pas d'un enfant blessé à réparer.

Il parlait du vrai self et du faux self, c'est-à-dire de la question de savoir si nous vivons depuis ce que nous sommes réellement, ou depuis une façade construite pour répondre aux attentes de l'environnement.

C'est une question identitaire profonde et adulte.

C'est une invitation à la cohérence entre qui on est et comment on vit.

Ce n'est pas une invitation à fouiller dans un passé pour y trouver un enfant blessé.

C'est une invitation à se demander : est-ce que je vis depuis mon centre, ou depuis ma périphérie ?

Bowlby, de son cÎté, montrait comment les expériences relationnelles précoces structurent nos modÚles de relation adultes.

Là aussi, c'est une lecture du présent à travers le passé, pas une chasse à la blessure originelle.

Ce que le coaching en a fait est trÚs loin de ce que ces cliniciens ont réellement proposé.


❌ Ce que je refuse dans ce concept


Je refuse l'idée qu'il y aurait quelque part en nous un enfant blessé à réparer.

Pour une raison simple.

Cette vision efface toute notre trajectoire de vie.

Elle nie nos rencontres, nos apprentissages, nos expériences, nos joies, nos transformations.

Elle rĂ©duit un ĂȘtre humain complet, avec toute son histoire, Ă  une blessure d'enfance qu'il faudrait dĂ©busquer comme la cause de tout.

Et je pose la question sérieusement.

Pourquoi chercher uniquement les blessures ?

Pourquoi ne pas chercher aussi les moments de joie, d'éveil, de rencontre, de propulsion ?

La vie n'est pas faite que de douleur.

Elle est faite de moments difficiles, oui, mais aussi de moments qui nous construisent, qui nous ouvrent, qui nous révÚlent.

Focaliser toute une démarche sur la blessure, c'est choisir de ne voir qu'une partie de ce qu'on est.


💰 Le problĂšme du marchĂ© qui s'est construit autour


Soyons honnĂȘtes sur ce qui se passe rĂ©ellement.

Le concept d'enfant intérieur blessé est devenu un produit commercial.

Des stages de week-end.

Des programmes en ligne.

Des séances de "reparenting" proposées par des personnes qui ont choisi un titre, souvent non agréé, pour donner une apparence de sérieux à ce qu'elles vendent.

Et ce marchĂ© a un intĂ©rĂȘt Ă  vous maintenir dans la quĂȘte.

Parce que si vous trouvez la blessure originelle et que vous la "réparez", vous n'avez plus besoin du vendeur.

Alors on cherche encore.

Encore une blessure.

Encore une couche.

Encore un stage.

Je ne dis pas que toutes les personnes qui proposent ce travail sont de mauvaise foi.

Mais je dis que le modĂšle lui-mĂȘme crĂ©e une dĂ©pendance structurelle à celui qui vous accompagne, et une fixation sur le passé qui peut paradoxalement empĂȘcher d'avancer.


🔄 Ce que je propose à la place


Il n'y a pas d'enfant blessé à réparer.

Il y a un adulte réel à comprendre.

Avec toute sa complexité, son histoire, ses désirs non résolus, ses volontés inachevées, ses schémas relationnels qui se répÚtent.

La question n'est pas "qu'est-ce qui m'a blessé dans mon enfance ?"

La question est "qu'est-ce qui reste ouvert en moi aujourd'hui, et comment je reprends mon dĂ©veloppement lĂ  oĂč il s'est figĂ© ?"

C'est une posture active.

C'est une posture adulte.

Elle ne cherche pas une pierre d'achoppement unique qui expliquerait tout.

Elle reconnaßt que nous sommes le produit d'une trajectoire entiÚre, faite de rencontres, d'expériences, de joies et de douleurs, et que cette trajectoire continue.


⚠ La seule exception que je maintiens


Il existe des situations oĂč la notion de blessure d'enfance est cliniquement rĂ©elle et lĂ©gitime.

C'est le trauma au sens clinique du terme.

Abus, négligence sévÚre, violence, ruptures traumatiques précoces.

Dans ces cas, oui, le travail thérapeutique doit tenir compte de ce que ces expériences ont laissé dans le systÚme nerveux, dans les patterns relationnels, dans la perception de soi et des autres.

Mais ce travail appartient à des professionnels de santé formés et agréés.

Pas Ă  un concept flou vendu en ligne.

Et mĂȘme dans ces cas, l'objectif reste de permettre Ă  l'adulte de reprendre son dĂ©veloppement.

Pas de rester éternellement auprÚs de la blessure.


đŸ§© Ce que je retiens


Un enfant se développe.

C'est sa nature.

Chercher un enfant figé en vous, c'est symboliquement refuser ce développement.

La vie est un parcours fait de moments joyeux et de moments douloureux, et les deux nous construisent.

Ce n'est pas une blessure à réparer.

C'est une histoire Ă  comprendre, pour mieux continuer Ă  avancer depuis ce qu'on est vraiment.

Depuis son vrai self, comme dirait Winnicott.

Pas depuis la métaphore qu'on vous a vendue.


Ossama Loukili 26 juillet 2026
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