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Quand parler devient impossible đź§±

25 janvier 2026 par
Quand parler devient impossible đź§±
Ossama Loukili

On parle encore trop souvent des conflits comme de simples désaccords.


Des différences d’opinions normales.

Des discussions un peu vives, mais sans gravité.


Mais dans la réalité clinique et sociale, ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement le désaccord.


Nous ne discutons plus vraiment.

Nous nous affrontons.



👀 Il suffit d’observer les scènes ordinaires du quotidien


Au volant.

Dans les magasins.

Dans l’espace public.

Sur les réseaux sociaux.


Le ton monte vite.

La tension est immédiate.

L’autre devient rapidement un obstacle, un adversaire, parfois même un ennemi.


L’air du temps est à l’énervement.


Et ce climat n’est pas anodin.



🧠 Quand le dialogue disparaît, le cerveau se rigidifie


Dialoguer suppose une capacité fondamentale : supporter que l’autre pense autrement.


Or, sur le plan psychologique, cette capacité n’est ni innée ni automatique.


Elle repose sur des fonctions précises : la régulation émotionnelle, la tolérance à la frustration, la capacité à mentaliser, l’empathie cognitive.


Lorsque la tension interne est trop élevée, ces fonctions se dégradent.


Le cerveau passe alors en mode défensif.


Il ne cherche plus Ă  comprendre, mais Ă  avoir raison.

Il ne traite plus l’information, il la filtre.

Il n’écoute plus, il se prépare à répondre.


Ce n’est plus un échange.

C’est une lutte.


⚖️ Comprendre n’est pas céder


Beaucoup confondent compréhension et renoncement.


Comme si écouter l’autre revenait à lui donner raison.

Comme si tenter de comprendre son point de vue constituait une menace pour sa propre identité.


Or, comprendre n’implique ni accord ni soumission.


Comprendre, c’est reconnaître que l’autre existe psychiquement.

Que sa parole s’inscrit dans une histoire, des affects, des expériences, une cohérence interne.


Sans cette reconnaissance minimale, aucun dialogue n’est possible.


Il ne reste que des monologues qui se heurtent.


🧩 La clé oubliée : comprendre que nul n’a entièrement tort


Dans beaucoup de conflits, chacun est convaincu que l’autre se trompe.


Comme s’il devait forcément y avoir un camp du vrai et un camp du faux.


Cette logique rassure.

Elle simplifie.

Mais elle ferme toute possibilité de dialogue.


Sur le plan psychologique, les positions opposées ne naissent jamais du vide.


Elles prennent racine dans des vécus singuliers, des peurs, des valeurs, des blessures, des loyautés parfois invisibles.


Comprendre que nul n’a entièrement tort ne signifie pas effacer les désaccords.


Cela signifie reconnaître que le point de vue de l’autre a une cohérence pour lui, même lorsqu’il nous dérange ou nous heurte.


Tant que chacun cherche à démontrer que l’autre a tort, le dialogue est impossible.


Dès lors que l’on accepte que deux visions puissent coexister sans s’annuler, quelque chose se rouvre.


Le désaccord cesse d’être une menace.

Il devient un espace de pensée.


🧠 L’empathie n’est pas un trait de caractère


On parle souvent d’empathie comme d’une qualité personnelle.


Certains en auraient naturellement.

D’autres en seraient dépourvus.


La recherche montre autre chose.


L’empathie est un processus.

Un processus sensible au contexte, au niveau de stress, au sentiment de sécurité intérieure.


Sous pression, l’empathie diminue.

Dans un climat d’hostilité, elle s’effondre.

Dans un environnement polarisé, elle devient suspecte.


Écouter l’autre est alors vécu comme une faiblesse, parfois même comme une trahison.



🧱 Quand l’absence de dialogue paralyse


Là où le dialogue disparaît, quelque chose se fige.


Les conflits ne se transforment plus.

Les tensions s’accumulent.

Les positions se durcissent.


Sur le plan collectif, cela mène à une impasse :

chacun exige d’être entendu,

mais plus personne n’écoute réellement.


Sans espace de parole authentique, il ne reste que deux options :

l’attaque ou le retrait.


Aucune des deux ne permet de construire.



🌿 Réapprendre à se parler est un enjeu vital


Dialoguer ne signifie pas éviter le conflit.


Cela signifie accepter de traverser le désaccord sans déshumaniser l’autre.


Cela demande de ralentir, de tolérer l’inconfort, de suspendre temporairement le jugement, de commencer par écouter avant de vouloir convaincre.


Les études montrent que le simple fait de se sentir écouté réduit les préjugés, même lorsque les opinions restent opposées.


L’écoute n’efface pas les divergences.

Elle empêche qu’elles deviennent destructrices.




🌱 Ce qu’il est essentiel de comprendre


Nous ne manquons pas d’opinions.


Nous manquons de capacité à dialoguer dans un monde saturé de tensions.


Le problème n’est pas que nous pensions différemment.

Le problème est que nous avons oublié comment nous parler.


Réapprendre le dialogue n’est pas un luxe intellectuel.


C’est une nécessité psychologique, sociale et démocratique.


Sans cela, nous ne débattons plus.


Nous nous excluons.

Quand parler devient impossible đź§±
Ossama Loukili 25 janvier 2026
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